
Rapport : Les Gardiens de la révolution iraniens en Asie centrale… représentent-ils une menace terroriste ?
Les évaluations sécuritaires et de renseignement jusqu’à la mi-2026 indiquent que la présence des Gardiens de la révolution iraniens, et plus particulièrement de la « Force Al-Qods », dans les républiques d’Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Ouzbékistan et Turkménistan) constitue un modèle d’opérations de renseignement hybrides, plutôt qu’un réseau terroriste actif menant des attaques meurtrières de manière régulière.
Avec l’escalade des tensions régionales, cette présence demeure une « menace latente » qui repose davantage sur l’influence douce et la construction de réseaux de supplétifs que sur des opérations armées directes.
Les priorités de l’Iran : renseignement et construction de l’influence
La Force Al-Qods en Asie centrale se concentre sur une stratégie de guerre non conventionnelle visant à renforcer les intérêts iraniens sans recourir à une confrontation militaire directe. Cette stratégie s’articule autour de plusieurs axes :
Construction de réseaux de supplétifs : l’Iran cherche à développer des milices loyales en recrutant des éléments locaux ou en exploitant l’expérience de la « Brigade Fatemiyoun » (composée de combattants afghans), revenus des fronts de combat en Syrie. Ces derniers représentent des « cellules dormantes » susceptibles d’être activées en cas d’escalade des tensions avec les talibans ou les gouvernements locaux.
Exploitation des liens culturels et religieux : la Force Al-Qods des Gardiens de la révolution iraniens est considérée comme experte dans l’exploitation des liens linguistiques (notamment avec le Tadjikistan persanophone), des communautés de la diaspora, des institutions caritatives et des sociétés écrans, utilisées comme couverture pour les activités de recrutement, de surveillance et de collecte de renseignements.
Les véritables menaces : où réside le danger ?
Contrairement à des régions telles que le Moyen-Orient ou l’Azerbaïdjan, où des cellules liées aux Gardiens de la révolution qui planifiaient des assassinats ou des attaques contre des cibles occidentales et juives ont été démantelées, les preuves de complots similaires en Asie centrale demeurent rares.
Toutefois, les experts estiment que le « risque lié aux Gardiens de la révolution » dans la région revêt un caractère structurel qui pourrait se manifester en cas de conflit de grande ampleur entre l’Iran et l’Occident. On craint alors que ces réseaux ne deviennent des instruments de sabotage, que ce soit par le ciblage d’infrastructures énergétiques, l’attaque d’intérêts occidentaux ou même le soutien à des opposants politiques afin de fragiliser les régimes alliés de l’Occident.
Il existe également des réseaux de contrebande utilisés pour faciliter le trafic d’armes, de fonds et de combattants à travers des frontières poreuses, ce qui affecte indirectement la sécurité de l’ensemble de la région.
Les défis de la région : un conflit d’intérêts
Les activités des Gardiens de la révolution en Asie centrale se heurtent à de solides obstacles structurels, le principal étant que les gouvernements d’Asie centrale disposent d’appareils sécuritaires laïques extrêmement vigilants face à toute infiltration étrangère, en particulier lorsqu’elle revêt un caractère idéologique susceptible de menacer la stabilité de leurs régimes.
Par ailleurs, ces États accordent une priorité absolue à leurs relations avec la Russie (en tant que garant historique de la sécurité), la Chine (en tant que partenaire économique majeur) et la Turquie (en tant qu’allié culturel), ce qui réduit la marge de manœuvre dont dispose l’Iran pour agir librement.
La véritable menace : l’extrémisme sunnite et l’État islamique au Khorassan
Contrairement à ce que certains pourraient penser, la principale menace terroriste en Asie centrale continue d’émaner des groupes djihadistes sunnites, tels que « l’État islamique au Khorassan » et les restes du « Mouvement islamique d’Ouzbékistan ».
C’est là que réside le paradoxe : l’intervention indirecte de l’Iran en Afghanistan, notamment par la fourniture d’armes à certaines factions, pourrait alimenter l’instabilité, créant ainsi un environnement favorable à l’expansion de ces groupes djihadistes et à leurs attaques contre les républiques d’Asie centrale, devenues à leur tour des cibles potentielles d’attaques transfrontalières.
Évaluation finale : une « menace hybride » dissimulée
La menace associée aux Gardiens de la révolution en Asie centrale est évaluée comme étant « de faible intensité, mais réelle ». Elle ne vise pas à provoquer des pertes humaines immédiates dans les villes d’Asie centrale, mais plutôt à étendre une influence stratégique à long terme, à se doter de moyens de pression dans les crises régionales et à faciliter des opérations d’espionnage et de sabotage tactique lorsque cela s’avère nécessaire.
Des observateurs estiment que la coordination entre les services de renseignement locaux et les rapports sécuritaires internationaux, tels que les évaluations du renseignement national américain, demeure l’outil le plus efficace pour contenir ces activités.
En l’absence de confrontation directe, l’Iran continuera de miser sur les « opérations hybrides » et sur « l’exploitation confessionnelle et politique » afin de garantir sa présence au cœur de l’espace eurasiatique, tandis que les États d’Asie centrale continueront d’évoluer dans un équilibre prudent entre la préservation de leur souveraineté et la gestion des multiples pressions exercées par les grandes puissances régionales.
En conclusion, les « cellules » des Gardiens de la révolution iraniens dans cette région n’agissent ni comme des armées ni comme des cellules terroristes suicidaires, mais comme des instruments de renseignement discrets dont la mission consiste à surveiller, à transmettre des informations et à étendre l’influence sous couvert d’activités diplomatiques, religieuses ou commerciales, ce qui rend leur surveillance plus difficile et exige une vigilance sécuritaire permanente.



