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Le travail des enfants en Iran : une crise sociale révélant les échecs de la protection de l’enfance

 

Le phénomène du travail des enfants en Iran est considéré comme l’une des questions sociales et des droits humains les plus préoccupantes de ces dernières années, car il reflète l’interaction de facteurs économiques, politiques et sociaux qui ont poussé des milliers d’enfants vers le marché du travail dès un âge précoce.

Bien que l’Iran ait ratifié plusieurs conventions internationales relatives aux droits de l’enfant, les indicateurs de terrain, les rapports des organisations internationales et les études universitaires montrent que le phénomène continue de s’étendre, soulevant de sérieuses interrogations quant à l’efficacité des politiques gouvernementales destinées à protéger les enfants et à garantir leur droit à l’éducation, aux soins et à un développement sûr.

Des données officielles relayées par le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) indiquent que l’Organisation iranienne de protection sociale a estimé à plusieurs milliers le nombre d’enfants engagés dans différentes formes de travail, un chiffre qui reflète l’ampleur du problème même selon les estimations officielles limitées.

Le phénomène du travail des enfants en Iran est étroitement lié à la détérioration économique que le pays a connue au cours de la dernière décennie. L’augmentation des taux d’inflation, la baisse du pouvoir d’achat des ménages et l’accroissement des taux de pauvreté ont conduit un nombre croissant de familles à dépendre des revenus des enfants pour contribuer à satisfaire les besoins essentiels.

Des études de terrain menées dans plusieurs villes iraniennes confirment que le facteur économique constitue la principale raison de l’entrée des enfants sur le marché du travail, puisque près de 85,8 % des enfants travailleurs ont déclaré travailler afin de contribuer à la subsistance de leurs familles.

La situation ne se limite pas aux travaux simples ou saisonniers, mais s’étend à des activités pénibles et dangereuses qui affectent directement la santé physique et psychologique des enfants. Selon une étude universitaire portant sur 856 enfants travailleurs dans six villes iraniennes, plus de 75 % d’entre eux travaillent plus de cinq heures par jour, tandis que leurs activités se concentrent dans la vente ambulante, la collecte des déchets et les activités liées à la rue.

L’étude a également montré qu’une partie des enfants a commencé à travailler à un âge extrêmement précoce, certains étant entrés sur le marché du travail avant l’âge de cinq ans.

L’abandon scolaire constitue l’une des conséquences les plus graves de ce phénomène. La même étude a montré qu’environ 32 % des enfants travailleurs avaient complètement quitté l’école, tandis que d’autres rencontrent de grandes difficultés à poursuivre leur scolarité en raison des longues heures de travail et des conditions de vie difficiles.

Cela contribue à perpétuer le cercle de la pauvreté à travers les générations, car les enfants perdent les possibilités d’acquérir les compétences et les connaissances nécessaires pour améliorer leur situation à l’avenir, ce qui les rend plus vulnérables à l’exploitation économique et sociale à l’âge adulte.

Les risques dépassent l’aspect économique pour englober des dimensions humanitaires et des droits humains plus larges, les enfants travaillant dans les rues étant fréquemment exposés à la violence, à l’humiliation et à l’exploitation.

Les résultats de l’étude de terrain indiquent que les enfants travailleurs ont été confrontés à des conditions difficiles comprenant la faim, les humiliations, les agressions verbales et physiques, ainsi que les pressions liées aux poursuites et aux mesures sécuritaires. Plus de la moitié des enfants ayant participé à l’étude n’étaient couverts par aucun programme de soutien ou d’intervention sociale, tandis que la proportion de ceux ayant bénéficié de programmes de sensibilisation sanitaire n’a pas dépassé 7 %.

Les critiques adressées aux autorités iraniennes portent ici sur le faible intérêt pratique accordé aux droits de l’enfant au regard de l’ampleur de la crise. Malgré l’existence d’institutions officielles chargées de la protection sociale, de nombreux rapports et études signalent un écart manifeste entre les législations annoncées et les mécanismes de mise en œuvre sur le terrain.

Les organisations internationales confirment également que les enfants travailleurs continuent de rencontrer d’importantes difficultés d’accès aux services de santé, à l’éducation et aux programmes de protection sociale, ce qui reflète les limites de la réponse institutionnelle au problème.

La crise s’aggrave davantage parmi les groupes les plus vulnérables, en particulier les enfants des réfugiés et migrants afghans. Les données indiquent que les enfants afghans représentent une proportion importante des enfants travaillant dans les rues iraniennes, constituant plus de la moitié de l’échantillon couvert par l’étude mentionnée.

Ces enfants sont confrontés à des risques accrus en raison de la pauvreté et des difficultés d’accès à l’éducation et aux services de base, ce qui les rend plus exposés à l’exploitation économique et au travail dans des conditions dangereuses.

En comparant la situation iranienne aux tendances mondiales, la gravité de la persistance du phénomène apparaît clairement. Alors que de nombreux pays ont réussi, au cours des deux dernières décennies, à réduire les taux de travail des enfants grâce à des programmes de protection sociale et à l’extension de l’enseignement obligatoire, le monde compte encore environ 138 millions d’enfants travailleurs selon les dernières estimations conjointes de l’Organisation internationale du travail et de l’UNICEF. Toutefois, le maintien d’un nombre élevé d’enfants travailleurs en Iran indique que les efforts locaux n’ont pas réalisé des progrès comparables au niveau requis.

Les experts du développement avertissent que la négligence de cette question ne se limite pas à ses effets sur les enfants eux-mêmes, mais s’étend à la société et à l’économie à long terme. L’augmentation du nombre d’enfants quittant le système éducatif signifie une diminution future du niveau du capital humain, tandis que l’exposition précoce à l’exploitation et au travail pénible est associée à une probabilité accrue de pauvreté chronique, de maladies psychologiques et physiques, ainsi qu’à une faible intégration économique ultérieure. C’est pourquoi la lutte contre le travail des enfants est considérée dans le monde comme un investissement en faveur du développement et non comme une simple obligation en matière de droits humains.

La question du travail des enfants en Iran révèle une crise complexe où les pressions économiques se mêlent aux insuffisances du système de protection sociale et des droits de l’enfant.

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