
Le calme sur les fronts n’arrête pas la répression : les Iraniens confrontés à la « terreur d’État »
Malgré la fragilité du cessez-le-feu entré dans sa deuxième semaine entre l’Iran et les États-Unis, un accord qui a épargné à près de 90 millions d’Iraniens les horreurs des bombardements directs, le danger de mort continue de poursuivre les Iraniens à l’intérieur du pays comme au sein de la diaspora.
Alors que les armes se sont tues sur les lignes de front, le bruit de la répression exercée par le régime de Téhéran contre l’opposition s’est intensifié, au milieu de rapports affirmant que le régime a exploité la période de guerre et de trêve pour régler ses comptes internes et réduire au silence toute voix critique.
L’arme des confiscations et des poursuites transfrontalières
Des observateurs ont révélé que les dirigeants du régime iranien ont renforcé leurs mesures visant à étouffer les protestations et les critiques adressées à leurs politiques, non seulement à l’intérieur du pays, mais également au sein de la diaspora iranienne.
Selon un communiqué publié par le pouvoir judiciaire le 11 avril, le régime a confisqué les avoirs et les biens de plus de 400 journalistes et artistes iraniens vivant à l’étranger, sous prétexte qu’ils soutiendraient des « entités étrangères hostiles ».
Les menaces ne se sont pas limitées aux confiscations. Des opposants à l’intérieur du pays ont reçu des messages de menace directs de la part des forces de sécurité, tandis que leurs biens ont été saisis comme forme de punition collective.
Les autorités judiciaires ont déclaré à plusieurs reprises qu’elles prendraient des mesures extrêmes contre toute personne « coopérant avec l’ennemi », une accusation vague utilisée pour réprimer les manifestants et les militants des droits humains.
Massacres avant la guerre et chiffres alarmants
Avant l’éclatement du conflit direct avec les États-Unis et Israël à la fin du mois de février, le régime a commis une série de massacres afin de réprimer des manifestations massives déclenchées par l’effondrement économique sévère et la chute de la monnaie nationale en décembre 2025.
Selon l’Agence d’information des droits humains (HRANA), le bilan a été effroyable : plus de 7 000 personnes ont été tuées, dont au moins 6 488 manifestants.
L’agence a également indiqué que les forces de sécurité avaient arrêté plus de 50 000 personnes à travers le pays, dans un contexte de privation totale des droits fondamentaux tels que l’accès à un avocat ou le droit à un procès équitable.
La promesse de Trump écrasée sous la machine répressive
La situation s’est aggravée après le discours du président américain Donald Trump le 28 février, dans lequel il appelait les Iraniens à « prendre le contrôle » de leur gouvernement une fois les opérations militaires terminées, déclarant : « L’heure de votre liberté a sonné… lorsque nous aurons terminé, prenez les rênes du pouvoir. »
Ce discours a été utilisé par le régime comme prétexte pour renforcer son emprise sécuritaire. Lors d’une interview télévisée diffusée le 11 mars, le chef de la police iranienne, le général Ahmad Reza Radan, a averti clairement les Iraniens : « Si les gens descendent dans la rue pour protester, nous leur ferons ce que nous avons fait à l’ennemi. Nous contrôlons la situation. »
Effectivement, les forces de sécurité et des agents en civil ont pris le contrôle des principales places de Téhéran, d’Ispahan et de Rasht, les transformant en casernes militaires diffusant la peur à travers des haut-parleurs et des chants révolutionnaires.
Une nouvelle phase des exécutions politiques
L’application des condamnations à mort en Iran est entrée dans « une nouvelle phase extrêmement préoccupante » depuis le 2 avril.
Des rapports sur les droits humains indiquent qu’au cours des huit semaines de guerre, au moins 10 prisonniers politiques ont été exécutés, dans une accélération notable des opérations.
Un rapport conjoint de l’Organisation iranienne des droits humains (IHR) et de l’organisation « Ensemble contre la peine de mort » (EPCM) a révélé que le régime avait exécuté au moins 1 639 personnes en 2025, soit une augmentation de 68 % par rapport à l’année précédente et le chiffre le plus élevé enregistré depuis 1989.
Désillusion populaire : « Il ne s’agit pas de nos droits »
Au milieu de cette scène sanglante, un profond sentiment de frustration règne parmi les militants à l’intérieur du pays.
« Shadi », une militante de la ville de Rasht, a écrit sur son compte Instagram : « Si Trump se souciait réellement de nos vies, les droits humains auraient figuré dans sa proposition en 15 points. Mais tout tourne autour du pétrole, des milices alliées et du détroit d’Ormuz. »
Des observateurs et militants estiment que la guerre, au lieu d’ouvrir la voie à la liberté, a conduit à l’érosion de la faible marge de libertés sociales existante et a réduit les revendications du peuple à une simple lutte pour « rester en vie » au milieu des ruines.
Malgré cela, des journalistes et des militants civils affirment qu’ils continueront à documenter les crimes, malgré la censure et les menaces sécuritaires incessantes, considérant que la bataille de la documentation constitue la dernière arme restante face à la machine répressive iranienne.



