
Suse et Tostar : une artère historique transformée en passage de mort
Entre les villes de Suse et Tostar s’étend une route étroite, vieille de plus de six décennies. Construite à l’origine par des ingénieurs américains, elle reliait deux sites archéologiques inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO : le temple élamite de la ziggourat de Chogha Zanbil et les cascades historiques de Tostar.
Cette route, censée être une porte ouverte sur le tourisme et la vie, est devenue aux yeux des habitants un symbole de mort, transformée en théâtre d’accidents tragiques et récurrents qui coûtent la vie à des innocents.
Accidents hebdomadaires et pertes humaines
Selon les témoignages des habitants et les statistiques locales, la route connaît au moins un accident chaque semaine, avec une moyenne de deux décès par mois.
La plupart de ces drames sont des collisions frontales, dues à l’étroitesse de la chaussée, à l’absence de bas-côtés et d’éclairage.
Le dernier accident en date a coûté la vie à Susan, une jeune fille de 21 ans, décédée après qu’un véhicule venant en sens inverse est entré en collision avec la voiture de sa famille.
Son père raconte les détails : « En une seconde, une voiture a dévié et son conducteur a perdu le contrôle. La collision s’est produite sous mes yeux, et j’ai perdu ma fille pour toujours. Je ne souhaite à aucune autre famille de goûter à cette douleur amère. »
Une route économique mais meurtrière
L’importance économique de cette route n’est pas moindre que sa valeur touristique. Chaque jour, des milliers de travailleurs, de résidents et de touristes l’empruntent, ainsi que des centaines de camions lourds appartenant aux compagnies de canne à sucre, en particulier la tristement célèbre société de Haft-Tappeh.
Ces camions, qui transportent la canne des champs vers les usines, aggravent la dangerosité de la route, occupant son étroite chaussée et multipliant les risques de collision.
Les habitants affirment que l’entreprise se comporte comme si la route lui appartenait, mais qu’elle n’a jamais investi, depuis des décennies, dans son entretien ou son élargissement. Ils la décrivent comme « la route de la mort qui alimente les usines de sucre avec notre sang ».
Les autorités mettent en garde contre la négligence
Des responsables ont récemment mis en garde contre la persistance de cette situation catastrophique, soulignant que tout retard des autorités compétentes dans la réparation de la route serait considéré comme une « omission » et exposerait les négligents à des poursuites judiciaires.
Parallèlement, des activistes sociaux et des religieux ont appelé à une action urgente pour protéger la vie des citoyens. Lors d’un sermon du vendredi, un religieux a déclaré : « Les larmes des mères endeuillées doivent réveiller la conscience des responsables. Une route qui arrache des vies ne peut rester ainsi négligée. »
Entre histoire et réalité
Le paradoxe est que cette route, malgré sa dangerosité, mène à des sites de valeur culturelle universelle. Le temple de Chogha Zanbil est la plus ancienne ziggourat élamite encore debout depuis plus de 3 200 ans, tandis que les cascades historiques de Tostar représentent un chef-d’œuvre d’ingénierie unique. Pourtant, l’accès à ces trésors reste périlleux.
Appels à des solutions urgentes
Aujourd’hui, habitants et responsables s’accordent à dire que sauver des vies nécessite des solutions immédiates : élargissement de la route, aménagement de bas-côtés, installation d’un éclairage et régulation de la circulation des poids lourds en dehors des heures de pointe.
Tant que les promesses ne se traduiront pas en actes, la « route de Chogha Zanbil » restera un témoin amer de la contradiction entre une histoire glorieuse de sept millénaires et une réalité tragique qui menace la vie présente.



