Actualités AhwazEssai

Activités d’un homme d’affaires irakien impliqué dans un réseau de contrebande de pétrole lié aux Gardiens de la Révolution iranienne

 

Salim Mohammed Saeed est un homme d’affaires possédant la double nationalité irakienne et britannique. Il est né dans la province de Souleimaniye, au nord de l’Irak, puis a émigré avec sa famille au Royaume-Uni, où il a obtenu la nationalité britannique.

Saeed est connu pour ses liens historiques avec l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), une relation restée solide et influente, notamment dans le domaine financier. Il a géré de nombreux actifs financiers appartenant à la famille de l’ancien dirigeant kurde Jalal Talabani, et a continué à jouer ce rôle sous la direction actuelle de Bafel Talabani, avec qui il a renforcé ses relations, donnant à cette collaboration une dimension à la fois politique et commerciale.

Au fil des années, Salim Mohammed Saeed a mis en place un vaste réseau d’entreprises en Irak, aux Émirats arabes unis et au Royaume-Uni. Parmi elles, la plus notable est VS Tankers FZE, enregistrée aux Émirats arabes unis, qui a joué un rôle central dans le transport de pétrole brut.

Le réseau comprenait également d’autres sociétés non officiellement déclarées, utilisées comme façades pour faciliter les opérations de contrebande et dissimuler les activités, notamment en enregistrant les navires sous des noms de sociétés différentes ou anonymes, rendant le suivi des cargaisons et l’identification des acteurs plus difficiles.

À travers ce réseau, Saeed a dirigé des opérations de contrebande de pétrole bien organisées, consistant à acheter du pétrole iranien ou à le recevoir en mer, puis à le mélanger avec du pétrole brut irakien afin de dissimuler son origine réelle, avant de le revendre comme s’il s’agissait de pétrole irakien.

Ces opérations ont eu recours à des techniques sophistiquées telles que le transfert maritime de navire à navire dans les eaux internationales et du Golfe, ainsi qu’à la falsification de documents de transport pour masquer l’origine iranienne du pétrole.

Des autorisations officielles ou falsifiées irakiennes ont également été utilisées, obtenues grâce à des pots-de-vin versés à des responsables gouvernementaux et à des membres du parlement, permettant à ces opérations de se poursuivre à l’abri du contrôle légal.

Sur le plan financier, les estimations du département du Trésor américain, appuyées par des rapports de presse internationaux, indiquent que ce réseau a permis, depuis 2020, d’injecter des centaines de millions de dollars dans les caisses des Gardiens de la Révolution, en particulier la Force Al-Qods. Ces fonds ont permis à l’Iran d’obtenir des devises fortes et de contourner les sanctions internationales imposées à son encontre.

Selon les mêmes sources, des commissions financières régulières ont été versées à Bafel Talabani en échange de la facilitation et de la gestion de ces opérations, ce qui a renforcé son pouvoir politique au sein de la région du Kurdistan, avec un soutien direct de Téhéran.

Bien qu’aucun chiffre précis ne soit disponible sur ces commissions, des rapports américains et arabes estiment les revenus annuels de ces activités de contrebande à plus de 500 millions de dollars, dont une grande partie serait reversée aux Gardiens de la Révolution.

Ces activités ont eu des conséquences économiques graves pour l’Irak, notamment en privant l’État de revenus pétroliers considérables, en raison du trafic de grandes quantités de pétrole en dehors des circuits officiels.

Le mélange de pétrole iranien avec du pétrole irakien a également nui à la réputation du pétrole irakien sur les marchés internationaux, provoquant une perte de confiance chez les acheteurs étrangers et une plus grande réticence à traiter avec les exportations irakiennes.

Cela a entraîné une baisse de la compétitivité des prix du pétrole irakien, tout en accentuant les niveaux de corruption dans les institutions irakiennes, où les pots-de-vin sont devenus un outil pour garantir la continuité de ces activités illégales.

Le réseau politique et financier de ces opérations repose sur quatre acteurs principaux, chacun jouant un rôle spécifique. Salim Mohammed Saeed est l’esprit opérationnel et le gestionnaire direct, supervisant les entreprises, le transport maritime et les profits personnels issus de la contrebande.

Bafel Talabani constitue la couverture politique, son rôle au sein de l’UPK lui permettant de garantir un soutien direct de l’Iran et une protection interne pour les opérations du réseau.

En contrepartie, les Gardiens de la Révolution récoltent les bénéfices financiers les plus importants, qui sont réinvestis pour soutenir leurs alliés en Irak, notamment au sein de ce qu’on appelle le « Cadre de coordination », un bloc politique jouant un rôle crucial dans le renforcement de l’influence de Bafel Talabani au Kurdistan et en Irak de manière générale.

Dans une tentative de démanteler ce réseau, le département du Trésor américain a imposé le 3 juillet 2025 des sanctions directes contre Salim Mohammed Saeed et ses sociétés.

Ces mesures comprenaient le gel de tous les actifs lui appartenant, ou appartenant à ses entreprises, se trouvant aux États-Unis ou sous contrôle d’institutions américaines. Les entités et individus américains ont également été interdits de toute interaction avec lui, et des avertissements internationaux ont été émis contre toute coopération avec lui ou son réseau afin d’éviter de tomber sous le coup des sanctions secondaires.

L’affaire de Salim Mohammed Saeed illustre la gravité de l’imbrication entre l’argent et la politique en Irak, révélant comment les ressources économiques peuvent être transformées en instruments au service de réseaux de contrebande transnationaux, au détriment des intérêts de l’État irakien.

Les dangers de ces activités ne se limitent pas aux pertes économiques et à la dégradation de l’image du pétrole irakien, mais s’étendent aussi au domaine politique, puisque les revenus générés servent à financer des courants politiques pro-iraniens.

Cela met en péril l’équilibre intérieur du pays et renforce la dépendance régionale, au moment même où l’Irak tente de recouvrer sa souveraineté et son autonomie dans ses décisions politiques et économiques.

موضوعات ذات صلة

Bouton retour en haut de la page